| La harpe irlandaise (qu'on devrait
appeler gaélique, car les instruments écossais sont très
proches) semble avoir fait son apparition en Irlande aux environs du
VIIIème siècle après
J.-C.
Ces harpes médiévales possèdent des caractéristiques
de structure : une caisse de résonance assez massive creusée
dans une pièce unique de bois (traditionnellement du saule),
une colonne incurvée, et la plupart du temps des cordes en métal.
Les cordes - en laiton - sont jouées avec les ongles et nécessitent
une technique particulière d'étouffement car elles ne
doivent pas vibrer trop longtemps
La harpe est maintenue sur l'épaule gauche. Quelques harpes anciennes
ont survécu, malgré la destruction de ces instruments
par Cromwell et les Puritains anglais au XVIIème
siècle; notamment la très belle harpe dite de Brian Boru,
qui daterait du XVème siècle,
visible aujourd'hui au Trinity College à Dublin.
Les chroniqueurs de l'époque ont tous précisé l'étrangeté
et l'excellence de ce mode de jeu irlandais avec les ongles, d'une grande
virtuosité, alors que dans le reste de l'Europe, les harpistes
jouent avec un plectre ou avec le gras du doigt sur de petites harpes
cordées de boyau.
Les harpistes irlandais jouissent alors d'un statut social très
élevé. Ils sont aussi poètes et mangent à
la table de leur prince ou de leur roi. Ils se doivent de connaître
les trois modes, celui de la joie (le geantrai), celui de la
lamentation (le geoltrai), et celui du sommeil (le suantrai).
Cette brillante tradition de harpe s'arrête à la fin du
XVIIIème siècle, avec le
dernier rassemblement de harpistes qui se tient à Belfast en
1792.
On se doit de citer Turlough O'Carolan (1670-1738), grand compositeur
irlandais, héritier de l'ancienne tradition bardique, mais aussi
influencé par les compositeurs de son époque (Geminiani,
Vivaldi...). Sa musique a été conservée et publiée
par son fils. De nos jours, de nombreux harpistes l'ont intégrée
à leur répertoire.

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