Une tradition régionale de lutherie XIXème-XXème siècles
   
   










  La lutherie ancienne
La facture instrumentale bretonne semble avoir connu une première période faste dans la seconde moitié du XIXème siècle et au tout début du XXème siècle. De nombreux instruments sont parvenus jusqu'à nous, dûs à différents fabricants.

Certains travaillaient déjà le bois en tant que menuisiers, comme en Pays bigouden (René Briec, Jean-Marie Le Roux, René Le Berre, les familles Gouret et Le Goff), d'autres n'ont réalisé que quelques instruments, pour eux ou pour leurs amis, tel Pierre Caté, de Berric. Ces artisans ne sont, en général, connus que localement.

Par contre, certains luthiers amateurs, acquièrent une réputation beaucoup plus large. Ainsi, le fameux Léon Braz, de Carhaix, sonnait-il avec une bombarde tournée par Pierre Douguet (1853-1931), meunier à Dinéault, et sonneur passionné de technique. Il a produit des binious et des bombardes en assez grande quantité.

A côté de ces facteurs amateurs, existent en pays de Lorient des tourneurs professionnels dont l'influence se fait sentir dans la Bretagne entière. C'est le cas de Garrec, de Chenadec ou de Robic ; et surtout de Jean-Pierre Jacob (1865-1919), né à Rédéné dans une famille de tourneurs sur bois et établi à Keryado près de Lorient, dont la production ne se limitait pas aux instruments de musique. Tous ces tourneurs ont produit des quantités considérables d'instruments.

Au retour de la Grande Guerre, les sonneurs sont appelés à diversifier leurs activités. Certains abandonnent la bombarde ou le binioù pour le violon, la clarinette ou l'accordéon, afin de satisfaire une clientèle qui commence à apprécier les nouvelles danses. Simultanément, la lutherie traditionnelle s'éteint.

La lutherie contemporaine
La création de la Bodadeg ar Sonerion en 1943 conduit à l'ébauche d'une lutherie « moderne », Dorig Le Voyer (1914-1987) tourne alors ses premeirs instruments et devient le « fournisseur officiel » de la toute jeune Assemblée des Sonneurs et de ses bagadoù, la bombarde adopte le si bémol afin de s'accorder sur le binioù braz, cornemuse proche du bagpipe écossais, qui a supplanté le biniou dans les bagadoù. Les gammes anciennes sont abandonnées au profit d'une gamme unifiée, plus proche de la gamme tempérée.

Dès lors, la lutherie bretonne vit une nouvelle jeunesse. Les ateliers réputés de Jean Capitaine (de Bourbriac) et de Dorig Le Voyer doivent compter avec de nouveaux facteurs comme Hervieux et Flet (à Rieux, près de Redon), Jil Léhart (à Bégard), puis Jorj Botuha ( à Auray).

Quelques amateurs suivent le modèle de l'initiateur Jakez Philouze qui fut un des premiers à tourner ses propres instruments, dans des tonalités graves pratiquement tombées en désuétude. Les instruments évoluent : des bombardes alto ou ténor sont créées pour élargir le registre, des clefs sont ajoutées pour aller vers le chromatisme, mais cela reste plus l'apanage des bagadoù que celui des sonneurs de couple.