Cornemuse et hautbois en Bretagne XVème-XVIIIème siècles
   
   

• Passepieds bretons composés et arrangés par Jean-Baptiste Lully en 1685

 

 

 



 

 

Qu'ils soient littéraires ou iconographiques, les témoignages historiques antérieurs à la Révolution concernant la musique instrumentale populaire soulèvent nombre de questions. Les plus anciennes références connues attestant l'usage en Bretagne d'un hautbois ou d'une cornemuse remontent au XVème siècle. Les deux instruments sont parfois associés, mais ce n'est pas du tout systématique.

L es cornemuses que l'on peut observer ne ressemblent pas au biniou actuel. Ainsi, sur une célèbre maison de Malestroit, probablement du XVème siècle, peut-on voir un lapin ou un lièvre jouant d'une cornemuse au chalumeau de grande dimension, ressemblant à la veuze pratiquée jusqu'au début du XXème siècle en Loire-Atlantique et en Vendée, ou à la gaita du nord-ouest de l'Espagne.


Comment désignait-on la cornemuse ?
Jehan Lagadeuc, en 1464, dans son Catholicon breton (le premier dictionnaire breton connu) utilise le mot « benny », qu'il traduit par le français « corne » et le latin « musa », « cornemusa ». Ceci serait l'explication étymologique la plus ancienne du mot « biniou ».

En 1520, Maître Jehan Miton, dans son Noël en breton qui parle français, décrit des ménestrels bas-bretons qui jouent du « flageolet » et de la « musette ». Cette terminologie, fréquente à l'époque, est imprécise et ne nous permet pas de définir avec exactitude les instruments employés.

En 1557, on trouve dans le manuscrit de la vie de sainte Barbe, une pièce de théâtre en langue bretonne, le verbe biniouan, « jouer de la cornemuse » ou « d'un instrument de musique ». En 1647, dans une autre pièce, Les amourettes du vieillard, figure cette fois le terme piniou.

Mais l'on rencontre également le terme vèze, tant en Haute qu'en Basse-Bretagne. En Haute-Bretagne, en 1547, Noël du Fail la nomme, selon les cas, cornemuse, chalemie ou vèze. Il évoque par exemple les danses « au son d'une belle vèze couverte de cuir rouge ». En Basse-Bretagne, au Guilvinec, en Pays bigouden, il est fait mention en 1673 d'un « Laurent Le Moing, moulurier et sonneur de vèze ».

Un siècle plus tard Nicolas, recteur de Plogonnec en 1754, vitupère contre « les joueurs de hautbois, de binious, et de ces sortes d'instruments funestes à  la jeunesse ».

Quant au dictionnaire de Grégoire de Rostrenen de 1732, il apporte les indications suivantes : le « haut-bois, ou veze, espèce de cornemuse, instrument fort commun en Bretagne, qui est composé d'un sac de cuir, d'un porte-vent, d'un chalumeau à  anche, et d'un gros bourdon ». L'auteur le nomme « binyou » en breton.

Cette cornemuse correspond à un type simple d'instrument qui est présent dès le Moyen Age en Europe occidentale.

Un duo cornemuse-hautbois avant la Révolution ?
L'association systématique en duo du hautbois et de la cornemuse n'est attestée de façon irréfutable qu'à partir des années 1800. Avant la Révolution, écrits et iconographie les présentent tout autant seuls, ou en compagnie d'instruments variés, qu'en duo, dans ce cas sans précisions sur le type de cornemuse utilisé et ceci tant en Haute qu'en Basse-Bretagne.

Les sculptures et bas-reliefs des églises bretonnes des XVIème et XVIIème siècles, ainsi que celles d'édifices profanes, indiquent seulement que la présence d'un hautbois est souvent liée à celle d'une cornemuse, mais on peut faire une remarque identique dans d'autres provinces (le Poitou par exemple). Sur près de soixante-dix représentations répertoriées à l'heure actuelle, une vingtaine associent d'une façon directe ou indirecte les deux instruments, y ajoutant parfois un tambour ou un tambourin. Ces duos, voire ces trios, se retrouvent sur de nombreux panneaux de coffres, et ce motif servira à décorer des meubles jusqu'à la fin de l'Ancien Régime. Ils ne sont par contre évoqués, directement ou indirectement, que dans de très rares textes.

En 1547, par exemple, dans un texte publié par Noël du Fail, il est fait allusion à ce duo de manière assez explicite. L'action se passe aux alentours de Rennes, et l'auteur raconte que les villageois « avaient devant eux pour faire la bravade Tourgis, un joueur de veze, et le musnier de Blochet avec son hautbois, qui faisaient rage de souffler ».

Au XVIIIème siècle, les dictionnaires précédemment cités, mais également divers autres textes, laissent entendre qu'à cette époque l'association hautbois-cornemuse pourrait être assez fréquente en Basse-Bretagne.