L'invasion du « diatonique » en Bretagne 1890-1914
   
   
• Polka des bébés









 

  Si l'histoire de l'accordéon en Bretagne au XXème siècle nous est connue, les témoignages nous manquent par contre pour comprendre ce qui a permis son adoption dans les campagnes avant 1900. Les plus anciennes attestations de sa présence remontent à 1850.

En une génération, entre 1890 et 1914, l'accordéon diatonique envahit presque toute la Bretagne. Il est adopté par les marins, déjà mentionné en 1892 comme le « biniou du Terre-neuvas ».

Les nombreuses cartes postales du début du XXème siècle attestent la large implantation du nouvel instrument à la mode.

Face à un tel engouement populaire, les commerçants s'organisent, et les réclames dans les catalogues de vente fleurissent, contribuant à leur tour à populariser l'instrument. A Rennes, la maison Mauger et Sir édite son propre catalogue, et se fait livrer régulièrement des cargaisons de 200 accordéons !

Ceux-ci connaissent une chute de prix spectaculaire entre 1900 et 1910. La boîte à soufflet est désormais le moins onéreux des instruments populaires.

Autre atout du diatonique, sa facilité de jeu : il suffit de pousser sur les touches. Grâce à lui, la musique instrumentale n'est plus seulement à la portée de toutes les bourses, mais aussi de toutes les bonnes volontés, et nombre de musiciens occasionnels se retrouvent à animer bénévolement quelques petites fêtes. Les sonneurs d'instruments « anciens », jusque-là animateurs obligés des festivités locales, voient leur prestige s'étioler : ils n'ont plus l'exclusivité du « faiseur de son ».

A l'aube de la Grande Guerre, l'accordéon est plus ou moins bien implanté dans toute la Bretagne, à l'exception peut-être de la Haute-Cornouaille. Il cohabite, en prenant toujours plus d'importance, avec les autres instruments, quand il ne les a pas déjà presque totalement supplantés, comme c'est le cas pour l'aire de jeu de la veuze en Loire-Atlantique, et pour le violon dans le nord de l'Ille-et-Vilaine.