| |
Style
de jeu
Il est très difficile de définir un style de violon de
Haute-Bretagne au même titre que le style « corrézien »
ou « irlandais ». Le style des sonneurs bretons
est en continuité avec celui des violoneux des provinces voisines
(Normandie, Anjou, Poitou), mais se différencie de ceux de l'Auvergne
ou du Limousin, plus ornementés.
Il se dégage néanmoins quelques points communs entre les
joueurs - malgré la forte emprunte personnelle de chacun : un
timbre chaud, un jeu en double corde, des respirations en fin de phrase,
une cadence bien marquée mais fluctuante, souvent syncopée.
La plupart des violoneux utilisent des effets caractéristiques
: accentuations marquées ; précision dans l'exécution
des cellules rythmiques qui donne des jeux d'archets originaux ; utilisation
d'échelles ou gammes particulières, non tempérées,
ou qui sortent des conceptions classiques de la tonalité, par
exemple adaptation du même doigté sur toutes les cordes,
ce qui donne une échelle inhabituelle ; utilisation de bourdons.
Les musiciens s'accordent à l'oreille, généralement
un ton en-dessous du La 440. C'est d'ailleurs pour ce diapason plus
grave que l'instrument a été conçu.
Il permet en outre de chanter plus aisément, et le chant fait
partie intégrante du jeu de la plupart des sonneurs bretons.
La tenue du violon est proche de celle des violonistes du XVIIIème
siècle. Les joueurs ont rarement une mentonnière,
mais posent leur violon sous le menton, tombé légèrement
sur l'avant, ou à l'aisselle, en fin de noce, par souci de repos.
Les techniques d'archet sont différentes selon les violoneux.
Ils jouent généralement dans la partie supérieure.
Le jeu est souvent détaché par des coups d'archet réguliers
en « poussé-tiré », en alternance
avec un lié par deux, trois ou quatre.
Les musiciens jouent presque uniquement en première position.
L'ornementation est plus ou moins riche, mais constitue toujours un
élément rythmique. On y trouve beaucoup de trilles, dans
un style proche du jeu baroque, des appoggiatures faites avec les doigts
de la main gauche ou avec l'archet.
Le jeu en double corde, avec une corde à vide en bourdon rythmique,
est utilisé de façon systématique par plusieurs sonneurs.
Il semble avoir été très apprécié
dans le Mené et la région de Broons Jugon notamment. Il
amplifie le son de l'instrument, tout en aidant le sonneur à
cadencer la danse, et n'est pas sans rappeler les bourdons de la vielle
à roue et de la cornemuse.
Le même doigt appuie quelquefois sur deux cordes formant ainsi
un jeu en quintes parallèles.
Les violoneux appliquent souvent le même doigté sur les
cordes de Mi, La et Ré. Les tonalités les plus fréquemment
utilisées sont Sol et Ré. On constate que presque tous
les joueurs ont pour le 7ème degré
de la gamme (sensible) un intervalle oscillant entre le ton et le demi-ton.
Au-delà de toutes ces données techniques, l'essentiel
de l'art du violoneux est de savoir bien faire danser, tout en tant
un bon animateur.
|
|
|