Histoire

de la musique et des groupes

 

Avant le XVème siècle :
Bardes, jongleurs et ménestrels

Fort peu d'informations nous sont parvenues sur les pratiques musicales des Gaulois.

Toutefois un instrument apparaît comme spécifique à l'ensemble du monde celte de cette époque : le carynx. Utilisée avant tout dans un contexte guerrier, cette trompe verticale, dont le pavillon (décoré, selon les fragments les mieux conservés, d'une tête de sanglier) se dresse au-dessus de la tête du joueur, a frappé l'imagination des Romains, qui en ont fait un symbole de la culture gauloise. De cet instrument, on ne dispose pas de représentation en péninsule armoricaine. Les rares exemplaires connus proviennent du reste de la France, de Grande-Bretagne, ou d'Allemagne. Ses premières traces remontent au VIème siècle avant J.-C., et les dernières mentions concernent le Ier siècle de notre ère.

Mais les bardes, musiciens officiels des Celtes appartenant à la classe des druides, ne l'utilisent pas, ne jouant que des instruments à cordes. Le premier témoignage relatif à la présence de bardes en Armorique nous vient de Venance Fortunat, évêque de Poitiers, qui y voyage vers 530-600.

Aux premiers siècles de notre ère, une seule famille de cordophones semble présente en Europe, celle appelée lyre, dont le type s'est semble-t-il diffusé à partir de la Mésopotamie et de l'Egypte. En Gaule, la présence répétée de lyres sur les monnaies de plusieurs tribus datant des IIème et Ier siècles avant J.-C. - entre autres celles des Riedones, qui occupaient l'actuelle Ille-et-Vilaine, ou des Coriosolites, vivant dans l'est des Côtes-d'Armor - atteste de leur usage régulier.

En Bretagne, une représentation sculptée a été découverte en 1988 sur le site de Saint-Symphorien, en Paule, dans les Côtes-d'Armor. La statuette, datée du second quart du IIème siècle avant J.-C., de style celtique, figure un personnage tenant une « lyre ».

 

une photo

 

 

 

 

 

 

 

une photo de la statue de Paule

En Europe aux IXème et Xème siècles, apparaissent la harpe et l'usage de l'archet…

Au Moyen Âge, deux instruments au moins sont alors spécifiques de l'aire d'influence culturelle celte : d'abord, un certain type de « harpe », et une « lyre à archet » particulière : le crwth. Joué avec un archet, c'était une forme de vièle médiévale.

Quant à la harpe, diffusée probablement par des tribus germaniques, elle est rapidement appréciée par les Celtes, qui disposent (très tôt, semble-t-il) d'un terme spécifique pour la désigner : « clarseach » en gaélique, « telyn » en cornique et gallois, « telenn » en breton. Quant à la telenn qui aurait été utilisée en Bretagne, on ne sait rien de son origine - qu'elle soit insulaire ou continentale - ni si elle diffère des divers modèles répandus à l'époque en Europe occidentale.


Alors que la fonction de druide s'éteint, cellei de barde se maintient, désignant ceux qui continuent d'avoir un rôle poétique au service des princes. Ils se doivent désormais de chanter les mérites de la classe guerrière.

Durant tout le premier millénaire, et même un peu au-delà, le rôle de ces poètes et musiciens professionnels reste pratiquement identique dans les pays celtiques.

Le début du XIIème siècle marque l'apogée de la vogue des lais, ces poèmes narratifs en breton d'un type particulier. Plusieurs sont traduits, tandis que des clercs anglo-normands comme Béroul et Thomas, ou des auteurs français comme Chrétien de Troyes, et surtout Marie de France, s'en inspirent.

Cette dernière, poétesse à la cour des Plantagenêts à la fin du XIIIème siècle , écrit que les sujets de plusieurs de ses lais lui ont été fournis par des jongleurs bretons.

La versification des lais, composés par des poètes et poétesses professionnels, obéit à des règles complexes, résultat d'une longue tradition.

Quant au lai de Lecheor, il montre que, dès sa création, le poème narratif est mis sur une musique , à la mélodie inventée ou préexistante, et diffusée par les chanteurs.
La plupart des auteurs ayant composé ou entendu des lais témoignent que des instruments soutiennent la déclamation, ou leur interprétation chantée. Le plus souvent, ces textes citent la harpe, la rote ou la vièle. Ce sont aussi les instruments les plus fréquemment mentionnés entre le XIIème et le XIVème siècle dans le reste de la France, comme dans les pays avoisinants.

Si les jongleurs s'accompagnent en chantant, ils peuvent aussi alterner chant et instrument au cours de leur prestation.
Aux XIIème et XIIIème siècles, le prestige des lais est au plus haut et les jongleurs qui les chantent témoignent d'une grande culture.

   


Diverses études - dont le remarquable ouvrage de Luc Charles-Dominique, « Les ménétriers français sous l'Ancien Régime » (1995) - permettent de bien cerner la fonction du jongleur dans la France médiévale.

Avant d'être confronté au ménétrier à partir de la moitié du XIIIème siècle, le jongleur le fut au troubadour.

   

 

vers l'accueil de l'histoire de la musique et des groupes
vers la Villemarqué et le Barzaz Breizh