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L'enquête
Ampère-Fortoul
sur les poésies populaires de la France
Entre
1852-1876, s'est déroulée une enquête
officielle, connue sous le nom de ses deux principaux instigateurs,
Jean-Jacques Ampère et Hippolyte Fortoul.
Jean-Jacques
Ampère (1800-1864), est professeur au Collège
de France de 1833 à 1864. Esprit curieux aux intérêts
multiples, ses voyages le mènent en Allemagne, en
Scandinavie, en Egypte, en Amérique et en Italie,
et c'est comme historien des littératures qu'il se
rendit célèbre.
Hippolyte
Fortoul (1811-1856) est ministre de l'instruction publique
et des cultes. Il s'est intéressé aux chansons
populaires dès 1829 et en a lui-même recueilli
dans son département natal des Basses-Alpes. C'est
lui qui attira l'attention de Napoléon III sur la
nécessité d'une collecte des chants populaires
de la France.
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Fortoul
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Ampère
confirme que dans presque tous les autres pays de l'Europe,
de pareilles collections ont été formées
et que si la France est moins avancée à cet
égard, ce n'est pas par manque de poésie populaire
mais à cause d'un dédain irréfléchi.
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Sensible
au courant de l'époque, Louis-Napoléon Bonaparte
décide donc de faire publier un « Recueil
général des poésies populaires de la
France » (décret du 13 décembre
1852). Dans ce but, il ordonne une enquête à
l'échelle du territoire national par laquelle toutes
les régions de France doivent être explorées.
Son
organisation, entièrement sous tutelle de l'Etat,
est hiérarchisée suivant deux filières,
celle des sociétés savantes et celle de l'Instruction
publique, le ministre ayant mis tout son personnel à
disposition de l'entreprise. Les instituteurs en contact
avec les populations locales sont stimulés par leurs
supérieurs.
Le
Comité
L'examen
des chants collectés est confié à la
section de philologie du Comité de la langue, de
l'histoire et des arts de la France mis en place pour l'occasion.
Cet organisme officiel rassemble, étudie les documents
envoyés par des correspondants et a toute autorité,
tout pouvoir de choix. Rien n'a été laissé
aux hasard, tout est régi par décrets et ses
membres permanents sont nommés par arrêté
ministériel. Ils sont recrutés parmi les personnalités
officielles représentatives d'une grande valeur intellectuelle
et font partie du même cercle d'initiés : ce
sont les membres de l'Académie Française ou
de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres.
Parmi
les membres du Comité nous remarquons la présence
de Hersart de La Villemarqué, qui faisait autorité
en matière de chants populaires après le succès
de son Barzaz Breiz.
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Ampère
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Les
correspondants
Installé
à Paris, le Comité est doté de relais
sur l'ensemble du territoire. La voie hiérarchique
de l'Éducation Nationale (recteur départemental
d'Académie, inspecteur primaire, instituteur) donnait
à l'enquête une première structure.
Un deuxième réseau est établi qui nomme
13 membres, ainsi que 198 correspondants répartis
dans les différents départements.
Ils
sont choisis sur leur demande, mais après enquête,
parmi les membres des sociétés savantes, les
érudits locaux, les bibliothécaires et les
archivistes, les membres du clergé... C'est un titre
envié car en plus d'être une reconnaissance
d'érudition il donne droit à la revue et à
des documents sur les recherches en cours ; le nombre de
correspondants ne fait que croître.
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Pour
les départements bretons nous trouvons 15 correspondants
qui faisaient tous partie de l'ancien Comité des travaux
historiques :
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en Côtes-du-Nord : Anatole de Barthélémy,
Jules Geslin de Bourgogne, Jean Mahéo ;
- en Finistère : Prosper Jean Le Vot, Pol de Courcy,
Jean-Marie de Penguern
- en Ille-et-Vilaine : Arthur Lemoyne de La Borderie, Léon
Maupillé, Edouard Quesnet, Alfred Ramé ;
- en Loire-Inférieure : L'abbé Fournier, Armand
Guéraud, Eugène Talbot, Le Baron de Wismes,
Louis-Jacques-Marie Bizeul
- en Morbihan, mais seulement en 1856 : Louis Rosenzweig
Il
n'était pas nécessaire d'être homologué
par le titre de correspondant pour avoir le droit de participer
à la collecte, toute personne intéressée
pouvait faire parvenir le fruit de ses recherches, comme le
feront Lédan, Le Jean et Luzel.
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Elaboration
des « Instructions »
A
partir du 8 novembre 1852, le Comité se réunit
tous les mois pour examiner les réponses qui commencent
à affluer dès l'annonce du projet de collecte.
Dès l'examen des premiers résultats se pose
la question fondamentale : Quel est le caractère
déterminant des chants populaires qui sont de nature
à trouver place dans le « Recueil » ?
La
notion de poésie populaire se précise au fil
des séances. Ce travail de réflexion sera
synthétisé par Ampère sous formes « d'Instructions »
qui seront adressées à tous les participants
pour être adoptées comme modèle et appliquées
avec rigueur. Ampère y propose également une
classification thématique des chants : chants de
Troubadours, chants historiques, poésies orales et
poésies écrites, poésies adoptées
par le peuple. Vincent d'Indi rédigea un chapitre
concernant la musique.
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Bilan
La
recherche s'est bien déroulée suivant le plan
fixé et a donné naissance à une abondante
collection, mais aucune publication n'a malheureusement vu
le jour, du moins en tant que « Recueil des poésies
populaires de la France ». 973 chansons furent
reçues. M. Marty-Laveau, successeur qui hérita
de la tâche décida de déposer en 1877
à la Bibliothèque Nationale les manuscrits reliés
sous la forme de 6 volumes imposants (3521 folios).
L'enquête
fut le point de départ d'un vaste mouvement de recherches
folkloriques dans les provinces. De plus, les « Instructions »
d'Ampère ont jeté les bases d'une réflexion
sur la chanson populaire et de nombreux folkloristes ont exploité
le fonds dans leur publication à partir des années
1860.
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