retour vers l'accueil de l'histoire

La Villemarqué et le « Barzaz Breiz »

Théodore Hersart de La Villemarqué fut le premier à considérer les chants traditionnels de Basse-Bretagne en tant qu'œuvre littéraire, à en faire le sujet unique d'un livre : « le Barzaz Breiz », et à présenter un nombre de pièces important.

Né à Quimperlé, il vécut son enfance à Nizon. Il va finir ses études à Paris (1834) à l'École des Chartes. C'est là qu'il lui sera donné de rencontrer l'équipe de lettrés bretons qui se réunissait autour des frères de Courcy, et de découvrir les premières études sur les chants populaires bretons.

 

1815-1895

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Dans cette ambiance « émigrée », La Villemarqué fait ses premières armes littéraires en éditant des articles (Echo de la Jeune France) déjà flambant d'un nationalisme qu'on retrouvera dans son ouvrage et qui lui attirera tant d'inimitiés... ou tant d'admiration.

C'est aussi à Paris qu'il rencontre Le Gonidec (1835) dont l'aide lui aura sans doute été essentielle dans l'étude du breton. Et, dès cette époque, on sait que La Villemarqué collectait et songeait à imprimer des chants populaires.

 


Le Barzaz Breiz

C'est un ouvrage fondamental en matière de littérature orale bretonne. La première édition date de 1839, La Villemarqué a seulement 24 ans. Le Barzaz Breiz contient 83 chants dont beaucoup de gwerz, collectés en divers points de Bretagne. Il comporte aussi des transcriptions musicales et des commentaires sur la pratique et les contenus des chants.

L'ouvrage connut 3 éditions principales : 1839, 1845, 1867. Cette dernière étant la forme définitive sous laquelle seront édités tous les autres retirages. Il est divisé en chants historiques (32 dans la première édition à 65 dans la dernière), chants d'amour (16 à 18), chants religieux (5 à 7).

 

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Dès le départ, La Villemarqué entoure ses chants d'arguments et de notes qui font une grande partie de la saveur du livre, donne la notation musicale de nombreux chants et présente les chants eux-mêmes en breton et en français.

La Villemarqué présente ces chants comme ayant été collectés soit par sa mère, soit par lui, soit par quelques amis dont l'identité est souvent voilée au nom de la modestie. Parfois, l'auteur indique les noms des chanteurs ou les lieux de collecte mais il est rarement précis.

   

La querelle du Barzaz Breiz

Il est vraisemblable qu'aucun ouvrage sur la matière bretonne n'a suscité tant de réactions, d'articles, de polémiques mais aussi de haine et d'enthousiasme !

Pendant longtemps et à juste titre, il a été considéré que la Barzaz Breiz était composé d'un mélange d'oeuvres : entièrement inventées, entièrement remaniées pour en accentuer le caractère ancien ou le sentiment nationaliste, remaniées dans leur forme littéraire et éventuellement restituées telles qu'elles avaient été collectées.

Attaqué violemment dès 1867, La Villemarqué ne s'est jamais décidé à produire les preuves de l'authenticité des pièces de son recueil. Si bien que le public, en Bretagne et à Paris, s'est partagé en deux camps, bientôt irréductibles : d'un côté ceux pour qui seule importe la beauté des textes présentés, le charme qu'ils recèlent, la vision exaltante qu'ils donnent de la Bretagne et de son peuple..., de l'autre, ceux qui refusent de s'en laisser conter, qui n'acceptent pas qu'on leur présente comme recueillis tels quels auprès des anciens des textes retouchés et refaits dans un esprit et selon une inspiration différente de ceux qu'ils avaient dans la bouche de leurs transmetteurs...

 

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Et le débat continua, obstiné et stérile, chargé par chaque génération de connotations politiques ou idéologiques qui l'éloignaient de plus en plus de son point de départ, pourtant non résolu : l'authenticité des textes du Barzaz-Breiz.

Or s'il est vrai qu'avec l'aide de l'abbé Henry, ou seul, La Villemarqué a pu laisser courir son imagination, plier l'histoire à ses besoins ou « donner des coups de peigne » à un texte mal exprimé, il s'avère que les récentes études de Donatien Laurent, qui sont l'objet de sa thèse, obligent à revoir des opinions bien ancrées mais erronées.

   

Les collectes de La Villemarqué

La découverte en septembre 1964 des carnets manuscrits de La Villemarqué et la publication en mars 1989 du premier d'entre eux, le plus ancien, où le jeune collecteur avait soigneusement transcrit, au hasard de ses déplacements, les résultats de ses trouvailles, a complètement renouvelé les données du problème :

On sait maintenant que La Villemarqué était un bon bretonnant, en pleine possession de son dialecte sud-cornouaillais, tel qu'on le pratique entre Concarneau et Quimperlé, et qu'il a fait lui-même et seul, entre 1834 et 1838, la majeure partie des collectes préparatoires à la composition de son premier recueil de 1839, étendant même son rayon d'action de la Cornouaille au Léon et au Trégor.

Sur le contenu de ses collectes, on sait également maintenant qu'elles sont dans leur ensemble comparables à ce que d'autres chercheurs ont, à la même époque ou plus tard, noté dans des terroirs voisins. Mais dans le même temps, on découvre que certains des textes historiques importants qu'on l'accusait d'avoir composés de toute pièce avaient bien été recueillis par lui dans la tradition vivante. Les transcriptions du carnet sont à cet égard formelles.
 

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Ainsi se trouve posé le problème de l'authenticité du Barzaz-Breiz. Il s'agit pour une large part d'un faux problème. Aucun recueil de chants populaires constitué et publié en Europe dans la 1ère moitié du XIXème siècle n'est vraiment authentique, si l'on entend par là conforme dans son expression et dans son contenu précis à ce que les collecteurs ont entendu en en rassemblant les matériaux. Tous ont fait l'objet d'une toilette soignée et le Barzaz-Breiz sans doute plus qu'aucun autre.

Tout autant ou plus que les chants eux-mêmes, ce sont les commentaires qui peuvent parfois être sujets à caution, du fait du moins ? de La Villemarqué a systématiquement vouloir ? dans l'histoire un épisode historique constructeur ? au chant parenté

Concrètement, 150 ans après la première édition du Barzaz-Breiz, il s'est avéré possible dans les années 1980 de recueillir la quasi-totalité des chants présents dans le premier carnet de collecte de La Villemarqué.

Un disque compact a d'ailleurs été publié en 1989, regroupant ces chansons enregistrées depuis les années 1960.

 

 


vers les premières collectes du XIXème siècle
vers la deuxième moitié du XIXème siècle