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La
Villemarqué et le « Barzaz Breiz »
Théodore
Hersart de La Villemarqué fut le premier à
considérer les chants traditionnels de Basse-Bretagne
en tant qu'uvre littéraire, à en faire
le sujet unique d'un livre : « le Barzaz Breiz »,
et à présenter un nombre de pièces
important.
Né
à Quimperlé, il vécut son enfance à
Nizon. Il va finir ses études à Paris (1834)
à l'École des Chartes. C'est là qu'il
lui sera donné de rencontrer l'équipe de lettrés
bretons qui se réunissait autour des frères
de Courcy, et de découvrir les premières études
sur les chants populaires bretons.
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Dans
cette ambiance « émigrée »,
La Villemarqué fait ses premières armes littéraires
en éditant des articles (Echo de la Jeune France)
déjà flambant d'un nationalisme qu'on retrouvera
dans son ouvrage et qui lui attirera tant d'inimitiés...
ou tant d'admiration.
C'est
aussi à Paris qu'il rencontre Le Gonidec (1835) dont
l'aide lui aura sans doute été essentielle
dans l'étude du breton. Et, dès cette époque,
on sait que La Villemarqué collectait et songeait
à imprimer des chants populaires.
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Le
Barzaz Breiz
C'est
un ouvrage fondamental en matière de littérature
orale bretonne. La première édition date de
1839, La Villemarqué a seulement 24 ans. Le Barzaz
Breiz contient 83 chants dont beaucoup de gwerz, collectés
en divers points de Bretagne. Il comporte aussi des transcriptions
musicales et des commentaires sur la pratique et les contenus
des chants.
L'ouvrage
connut 3 éditions principales : 1839, 1845, 1867.
Cette dernière étant la forme définitive
sous laquelle seront édités tous les autres
retirages. Il est divisé en chants historiques (32
dans la première édition à 65 dans
la dernière), chants d'amour (16 à 18), chants
religieux (5 à 7).
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Dès
le départ, La Villemarqué entoure ses chants
d'arguments et de notes qui font une grande partie de la saveur
du livre, donne la notation musicale de nombreux chants et
présente les chants eux-mêmes en breton et en
français.
La
Villemarqué présente ces chants comme ayant
été collectés soit par sa mère,
soit par lui, soit par quelques amis dont l'identité
est souvent voilée au nom de la modestie. Parfois,
l'auteur indique les noms des chanteurs ou les lieux de collecte
mais il est rarement précis.
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La
querelle du Barzaz Breiz
Il
est vraisemblable qu'aucun ouvrage sur la matière
bretonne n'a suscité tant de réactions, d'articles,
de polémiques mais aussi de haine et d'enthousiasme
!
Pendant
longtemps et à juste titre, il a été
considéré que la Barzaz Breiz était
composé d'un mélange d'oeuvres : entièrement
inventées, entièrement remaniées pour
en accentuer le caractère ancien ou le sentiment
nationaliste, remaniées dans leur forme littéraire
et éventuellement restituées telles qu'elles
avaient été collectées.
Attaqué
violemment dès 1867, La Villemarqué ne s'est
jamais décidé à produire les preuves
de l'authenticité des pièces de son recueil.
Si bien que le public, en Bretagne et à Paris, s'est
partagé en deux camps, bientôt irréductibles
: d'un côté ceux pour qui seule importe la
beauté des textes présentés, le charme
qu'ils recèlent, la vision exaltante qu'ils donnent
de la Bretagne et de son peuple..., de l'autre, ceux qui
refusent de s'en laisser conter, qui n'acceptent pas qu'on
leur présente comme recueillis tels quels auprès
des anciens des textes retouchés et refaits dans
un esprit et selon une inspiration différente de
ceux qu'ils avaient dans la bouche de leurs transmetteurs...
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Et
le débat continua, obstiné et stérile,
chargé par chaque génération de connotations
politiques ou idéologiques qui l'éloignaient
de plus en plus de son point de départ, pourtant non
résolu : l'authenticité des textes du Barzaz-Breiz.
Or
s'il est vrai qu'avec l'aide de l'abbé Henry, ou seul,
La Villemarqué a pu laisser courir son imagination,
plier l'histoire à ses besoins ou « donner
des coups de peigne » à un texte mal exprimé,
il s'avère que les récentes études de
Donatien Laurent, qui sont l'objet de sa thèse, obligent
à revoir des opinions bien ancrées mais erronées.
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Les
collectes de La Villemarqué
La
découverte en septembre 1964 des carnets manuscrits
de La Villemarqué et la publication en mars 1989
du premier d'entre eux, le plus ancien, où le jeune
collecteur avait soigneusement transcrit, au hasard de ses
déplacements, les résultats de ses trouvailles,
a complètement renouvelé les données
du problème :
On
sait maintenant que La Villemarqué était un
bon bretonnant, en pleine possession de son dialecte sud-cornouaillais,
tel qu'on le pratique entre Concarneau et Quimperlé,
et qu'il a fait lui-même et seul, entre 1834 et 1838,
la majeure partie des collectes préparatoires à
la composition de son premier recueil de 1839, étendant
même son rayon d'action de la Cornouaille au Léon
et au Trégor.
Sur le contenu de ses collectes, on sait également
maintenant qu'elles sont dans leur ensemble comparables
à ce que d'autres chercheurs ont, à la même
époque ou plus tard, noté dans des terroirs
voisins. Mais dans le même temps, on découvre
que certains des textes historiques importants qu'on l'accusait
d'avoir composés de toute pièce avaient bien
été recueillis par lui dans la tradition vivante.
Les transcriptions du carnet sont à cet égard
formelles.
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Ainsi
se trouve posé le problème de l'authenticité
du Barzaz-Breiz. Il s'agit pour une large part d'un faux problème.
Aucun recueil de chants populaires constitué et publié
en Europe dans la 1ère moitié
du XIXème siècle n'est
vraiment authentique, si l'on entend par là conforme
dans son expression et dans son contenu précis à
ce que les collecteurs ont entendu en en rassemblant les matériaux.
Tous ont fait l'objet d'une toilette soignée et le
Barzaz-Breiz sans doute plus qu'aucun autre.
Tout autant ou plus que les chants eux-mêmes, ce sont
les commentaires qui peuvent parfois être sujets à
caution, du fait du moins ? de La Villemarqué a systématiquement
vouloir ? dans l'histoire un épisode historique constructeur
? au chant parenté
Concrètement,
150 ans après la première édition du
Barzaz-Breiz, il s'est avéré possible dans les
années 1980 de recueillir la quasi-totalité
des chants présents dans le premier carnet de collecte
de La Villemarqué.
Un
disque compact a d'ailleurs été publié
en 1989, regroupant ces chansons enregistrées depuis
les années 1960.
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